mercredi 8 octobre 2008

Les Grandes Vacances

Chaque année, à cheval entre le mois d'août et le mois de septembre s'achevaient "les Grandes Vacances".

Elles duraient deux à trois mois et nous faisaient oublier les tables de multiplication ou la conjugaison du subjonctif de l'imparfait. Quelle agréable sensation!

Nous rattrapions le temps perdu et prenions quelques kilos du fait d'interminables banquets familiaux. L'affection de nos proches se mesure parfois à tous les gâteaux qu'on nous proposait. Nous avions droit mes soeurs, mon frère et moi tous les jours au collant rouge à lèvres de nos coquettes tantes sur nos joues.

Mes Grandes Vacances furent d'interminables après-midis chez mes tantes, oncles et grands-parents, dans la chaleur et moiteur de l'été Beyrouthin, à attendre que nos parents finissent leurs cafés pour aller jouer.

Ce sont d'agréables siestes au son du ronronnement des ventilateurs, à défaut de climatiseurs encore rare à cette époque; des journées entières à la plage, de l'heure de la man'ouché jusqu'au coucher de soleil, derrière l'horizon de la mer.

Mes Grandes Vacances ont également été d'interminables embouteillages sur la route côtière ou sur celles de nos montagnes pour aller visiter quelque lieux de culte; des diseuses de bonne aventure à la fin d'un repas dans un restaurant; des 3arouss, petites tartines, le soir avant de se coucher avec des petits concombres libanais.

Des virées en voiture, à six avec moi sur les genoux de ma mère, assis à l'avant à côte de mon père qui slalomme entre les nids de poule de l'Autostrade.

Ce fût de la reconstruction à-tout-va et des tensions dans le sud du pays dans l'intolérable insouciance générale. Des heures à attendre que l'électricité revienne pour pouvoir regarder la télé; des bains parfois pris à la lueur des bougies.

Les Grandes Vacances, ce sont les "cahiers de vacances" pour se donner bonne conscience alors qu'il y a goldorak en arabe qui passe à la télé. Nous jouions avec des soldats en plastique avec nos voisins lesquels allaient veiller sur notre appartement pendant nos longues absences.

Elles étaient belles ces Grandes Vacances. Nous mesurions le courage des gens qui vivaient dans des conditions jadis devenues normales, aujourd'hui considérées difficiles. Nous ne nous en plaignions pas, et eux non plus d'ailleurs.

Il est 8 heures du matin est notre avion décollera dans l'après-midi. La famille et des amis défilent pour nous embrasser et nous souhaiter un bon voyage. Il fait déjà chaud en ce Dimanche matin de fin de mois d'août.

Ma mère s'affaire entre les valises, les visiteurs et le nettoyage de la maison. Elle prépare le café turc, repasse rapidement une chemise, termine la vaisselle, accueille les invités et passe les derniers coups de téléphone quand celui-ci veut bien fonctionner normalement.

Nous embrassons très fort nos proches le coeur serré puis partons.

A l'année prochaine..."si Dieu le veut bien, partez et revenez en paix".

L'aéroport est à 15 minutes à vol d'oiseau. Nous prévoyions toujours une heure et demi pour atteindre le vieil aéroport de Beyrouth. L'état des routes, les embouteillages et de nombreux barrages militaires ou miliciens ralentissaient notre avancée.
Malheureusement, jamais nous ne ratâmes notre avion.
Et lorsqu'à bord de celui-ci, je bouclais ma ceinture et regardait par le hublot de l'appareil les montagnes et les collines ferreuses de couleur rouge, je comprenais que les Grandes Vacances s'achevaient.

2 commentaires:

Fouf a dit…

Ya JP, je pense que tes vacances ressemblaient bcp aux miennes, sauf qu'a la fin je ne prenais pas l'avion !

Fitch a dit…

Pull,
je viens de tout lire...
quand est-ce que tu écris un livre ?
Biz
Tiftouf