lundi 31 mai 2010
Meshwar
Je suis enfin de retour à Beyrouth, ce qui n’est pas étranger à mon inspiration du moment. Même si mon absence n’a pas été longue, je veux me réapproprier ma ville en ce délicieux mois de Mai.
Mai est mon mois préféré au Liban.
Je chausse mes Convers pour aller explorer des rues et des impasses devant lesquelles je suis toujours passé sans parfois m’y aventurer. J’essuie mes lunettes, éteins ma cigarette et tends l’oreille.
C’est un peu la saison des tapis, en ce mois de Mai. Ils sont accrochés sur les balcons et attendent d’être tapés à l’aide d’une typique raquette en osier. « Dans le temps », la municipalité n’autorisait de les taper qu’entre huit heures du matin et Midi. En effet, avant huit heures les habitants dormaient encore, et à Midi les écoliers étaient de retour et leurs parents faisaient la sieste.
Il existe encore quelques jardins dans Beyrouth, tel le Jardin des Jésuites, où les enfants revenus des écoles peuvent se défouler et jouer dans le sable, plus souvent surveillés par des gouvernantes Sri-lankaises que par leurs mamans. La circulation automobile autour du jardin se fait plus calme, loin des klaxons et sirènes de l’avenue Charles Malek.
Toutefois, il n’est pas improbable au hasard des ruelles de découvrir des jardins privés où cyprès et bougainvilliers résistent encore au béton. Plantes et fleurs s’invitent chez les voisins, grimpant les murs décrépis et parfumant l’air d’une odeur de jasmin.
Je me hasarde dans une de ces ruelles où une résidente d’un certain âge assise au balcon de son étage donne sa liste de courses à un marchand de légumes itinérant. Il transporte sa marchandise dans une mythique Hippie-van Volkswagen. Elle cuisinera sans doute une loubieh-bil-zeyt[1] à déjeuner.
La ruelle est très certainement « à caractère traditionnel », mais aucun écriteau ne l’indique. Les maisons de couleur jaune ocre ou blanche se succèdent, entre bougainvilliers et jasmins. Celles-ci datent de l’époque du Mandat, celles-là datent plutôt de l’Indépendance. Elles sont tantôt habitées, tantôt abandonnées au regard des vitres brisées et des lourdes chaines cadenassant les portes de fer forgé. J’espère que leurs persiennes se rouvriront un jour.
Je reste absorbé devant la porte de l’une d’elle. Quand leurs propriétaires sont-ils partis ? Que sont-ils devenus ? Dans quel pays, ou sur quel continent ont-ils refait leur vie s’ils sont encore de ce monde ?
Quand une odeur de café m’arrache à mes pensées… « Tfaddal !»[2]. Une dame m’invite à boire un café avec elle. Je la remercie poliment et poursuit mon chemin au bout duquel un escalier étroit me ramène vers une rue plus animée.
Ferns et pâtisseries dégagent des odeurs de thym, de pains frais et de gâteaux gigantesques. Je reconnais le trictrac des dés roulant sur un tablier de bois, autour desquelles joueurs et commerçants spectateurs du quartier discutent des dernières élections locales. Certains n’ont pas encore réussi à se débarrasser de l’encre violette marquent leur pouce, signe du devoir communautaro-républicain accompli.
Du haut des escaliers Geara, je contemple une partie de la ville ainsi que son port. En descendant ces Daraj[3], je m’attarde devant un chantier et observe le mouvement des pelleteuses mécaniques venant froidement à bout de ce qui était une demeure à trois arcades. Une vieille habitante de Geitawi les remonte et, arrivée à mon niveau, m’interpelle :
اولك بهدوا هل بناية؟[4]
. انشالله لا بس اكيد بهدوها شي يوم[5]
L’habitante m’explique qu’un investisseur golfiote aurait racheté ce terrain par le biais d’un acheteur écran libanais. Vérité ou rumeur ? Je boue de l’intérieur.
« C’est le cas des trois-quarts d’Achrafieh ! شو فينا نعمل [6] ! Les gens s’appauvrissent… ils n’ont d’autre choix que de vendre… » me dit-elle.
Mes préoccupations de bourgeois ‘Frenchy coucou’ ne sont effectivement pas celles du Beyrouthin ordinaire, lequel n’a plus les moyens de se soigner, d’éduquer ou parfois nourrir ses enfants et qui vit dans un palais qu’il ne peut plus entretenir.
« Il faudra bruler un jour ses politiciens ! » me dit l’habitante au pouce violet pour conclure notre bref échange. Sans doute. J’allumerais volontiers le premier la mèche.
Je finis par m’éloigner du chantier et me demandant comment cette pelleteuse avait-elle pu y accéder.
Les escaliers me mènent à la rue du Fleuve, prolongement de la rue Gouraud de Gemmayzeh.
Les commerçants et artisans du quartier s’affairent : ébénistes travaillant le bois, couturiers rapiéçant de vieux vêtements, merceries vendant des boutons, maraîchers soignant leurs étalages, coiffeurs rasant les papis du quartier, quincaillers vendant je ne sais quoi. Ils prennent une pause à l’ombre d’un ficus ou d’un murier. Une grande ardoise adossée contre un mur sur laquelle une écriture d’enfant a décliné au masculin, féminin et pluriel des noms d’animaux me laisse penser que la francophonie n’est pas encore morte au Liban.
Je veux retrouver la Brasserie du Levant qui appartenait au Grand-père de mon ami d’enfance. Elle doit être prochainement démolie. L’immeuble date des années 30, en face duquel je découvre qu’une loge maçonnique a élu domicile. Il y a quelques entrepôts et usines désaffectés aux alentours, signes d’une prospérité passée, livrés aux chats du quartier. Je me rêve en maire rachetant ces bâtisses afin de les transformer en théâtres, bibliothèques, musées ou cinémas…
La gare ferroviaire, proche du lieu d’inhumation de mes grands-parents paternels, est à quelques pas mais le gardien des lieux ne me laissera pas la visiter sans autorisation d’une sorte de… chef de gare ! Je distingue toutefois la cheminée de la locomotive entre les platanes du jardin de la gare.
Il n’est pas vrai qu’une promenade à Beyrouth soit une épreuve physique, les trottoirs inexistants n’ont jamais empêché de marcher. Il ne faut pas avoir peur d’affronter les émotions d’une promenade dans les rues, les escaliers et les impasses de Beyrouth. On y est pris d’un sentiment inexplicable de nostalgie pour un passé parfois méconnu.
Chaque chantier dans Beyrouth, chaque putain de tour d’ivoire qui se construit est une nouvelle blessure qu’on inflige à la ville et à ses habitants. Les gros entrepreneurs sont devenus nos nouveaux snipers. Une tristesse m’envahit lorsque, planté comme un idiot devant une maison en ruine que l’on achève, je crois être le seul témoin de l’absurde. Avoir le sentiment d’être le seul à s’insurger.
On dit que Beyrouth est mille fois morte, mille fois revécue.
Mais jusqu'à quand Beyrouth restera-t-elle Beyrouth?
lundi 10 mai 2010
Nos agates
- Je peux être les Américains cette fois? demande-je à mon grand frère.
- Non ! Lorsqu’on joue ensemble, je prends les Américains, et toi les Allemands.
- Pfff… d’accord, mais j’aurai droit à plus de billes alors. Ma requête reste sans réponse.
Débordante imagination chaque vendredi matin : les billes servaient à imiter obus et bombes. Après ne pas nous être mis d’accord, nous déversâmes le contenu de trois grandes boîtes de plastic sur la moquette bleue de notre chambre et commencions à faire le tri parmi soldats allemands de couleur grise et soldats américains de couleur verte. Parfois, j’espérai que notre moquette soit verte, afin de représenter au mieux les campagnes d’Europe, ou jaune afin d’imiter les contrées désertiques d’Afrique du Nord… mais cela n’aurait pas été du goût de ma mère.
Les couvertures assez épaisses de nos lits servaient à faire des montagnes et autres grottes où des soldats de la Wehrmacht tendraient un piège aux Marines de mon frère ayant débarqués en Normandie. Nos tables de nuit servaient de bunker et nos bandes dessinées de tentes. Ma tactique nulle était inspirée du cinéma de guerre américain dont mon père était friand, Anzio, Dirty Dozen ou Les Canons de Navarone.
Nos chars et fantassins avaient des tailles disproportionnées. Nous préparions avec beaucoup de soin nos camps respectifs, voués à être « billés » par notre lot d’agates.
La partie commence. J’ai l’impression, comme a chaque fois, que mon frère a deux fois plus de billes que moi et d'être foudroyé par une force mécanique supérieure... Mes soldats tombent un à un et je commence à m’énerver. Chacune de nos parties se solderait de toute façon par une dispute à propos duquel de l’un ou de l’autre l’avait remporté, celui ayant perdu la partie devant ranger la chambre… ou le plus jeune, ce qui n’était pas prêt de changer.
Je me consolais en pensant que finalement les gentils de l'epoque avaient gagné et que le nouvel ordre qui s’installerait sur notre chambre ouvrirait une période de paix et de prospérité… jusqu'à la prochaine partie de ce genre.
dimanche 13 décembre 2009
(re) venir
dimanche 1 novembre 2009
Vue panoramique aérienne de Beyrouth - Bibliothèque numérique mondiale
mercredi 21 octobre 2009
Chronique de guerre
Je me réveille à l’aube dans la chambre d’un hôtel du 9eme arrondissement de Paris.
Dehors, il fait froid et Paris peine à s’éveiller. Ma Mère, une droguée des nouvelles, a décidé de me faire découvrir CNN, une chaine américaine d’information en continue dès le réveil. Encore méconnue du grand public, cette chaine sera la révélation de cette guerre des temps modernes.
A l’écran, les « journalistes – héros » de CNN filment le ciel de Bagdad à l’aide d’une camera infrarouge. Bagdad a bizarrement un ciel tout vert. Des balles de la DCA Irakienne laissent des traces dans le ciel tandis que des déflagrations l’illuminent. Les furtifs de l’U.S. Air Force sont entrés en action.
Pause. Rewind.
Deux semaines auparavant, les chancelleries occidentales avaient décidé d’évacuer leurs ressortissants des pays du Golfe. Les familles ont le choix entre partir ou rester. Quoi qu’il arrive, la priorité est aux femmes et aux enfants. Les Palestiniens n’ont en revanche pas le choix et payeront le prix du soutien d’Arafat à Saddam qui balance des scuds sur Israël. Ils seront expulsés manu badaoui par les autorités locales faisant fi de l’hypocrite solidarité Arabe.
Nous ferons partie de la dernière vague des rapatriés aux frais de la République et de la princesse, laissant mon Père derrière. Avant notre départ, nous avons orné toutes les vitres et fenêtres de la maison de ruban adhésif… l’arme secrète mise à disposition par le bouiboui du coin pour se protéger contre d’éventuelles attaques chimiques. Des caisses de bouteilles d’eau ainsi que de nombreuses conserves ont été stockées dans une des pièces de l’appartement.
Mon école se vide un peu plus tous les jours de ses élèves. Ma Mère est venue me chercher en plein milieu du cours de mon instituteur de C.M.1. Je crois que j’ai pleuré.
Pendant ce temps, les G.I.s prenaient possession des hôtels de la ville. C’est le calme avant Desert Storm… le nouveau nom originalement débile de l’opération militaire dont seuls les Américains ont le secret. Ils sont en vacances, draguent les jeunes collégiennes qui se baignent le week-end à la plage et cherchent à échanger leurs rations dégueulasses avec celles des paras français.
Je ne comprenais pas pourquoi on partait. En réalité, tout allait bien.
Changement de décor et de température. La France est prise de panique et ses supermarchés pris d’assaut comme si les Irakiens avaient contourné la ligne Maginot. Putain… si nous avions su, nous serions restés là-bas !
Je suis inscrit au Lycée Molière « par précaution » dans le cas où le conflit s’éterniserait et le Moyen-Orient serait atomisé.
Nous avons séjourné deux semaines à Paris. Deux semaines passées à regarder CNN, TF1, Antenne 2, FR3 et les Inconnus, à visiter quelques musées et au téléphone avec mon Père.
A notre retour, nous nous aperçûmes que nous avions un peu exagéré sur le stock d’eau et sur le ruban adhésif. Les vitres et les fenêtres en portent encore des traces collantes.
La guerre nous poursuit encore. Toutefois, nous ne nous demandons plus à quand la fin, mais plutôt à quand la prochaine.
vendredi 4 septembre 2009
mardi 26 mai 2009
vendredi 8 mai 2009
Samandal

V
Nonna nous a encore préparé de délicieux mets dont elle a le secret.
Nous sommes tous réunis autour de la table et chacun est à sa place habituelle. Mon Père est à côté de Nonno qui est en tête de table. Moi à côté de ma mère. La chaise de Nonna est en revanche souvent vide pendant le repas tant elle se lève pour aller en cuisine.
Nonna me sert toujours deux cuillerées de plus si bien que je dois me forcer malgré le régal à terminer mon assiette. A la fin du repas et après les fruits, les hommes commencent à somnoler et à piquer du nez. L'arack y est certainement pour quelque chose pendant les discussions politiques dominées par les premières élections législatives depuis la fin de la guerre… et leur boycott.
Mon grand-père sort sa pipe et sa tabatière pleine de "bon tabac". Je l’observe d’abord la nettoyer à l’aide d’un cure-pipe puis la remplir à l’aide de ses beaux doigts blancs. Il le faisait les yeux fermés. Puis le salon ne tardait pas à s’imprégner de cette fumée à l’odeur si agréable presque vanillée. Aujourd’hui encore, cette odeur imprègne toutes les pièces de l’appartement de mes grands-parents.
Pap quant à lui s'endort sur le canapé du salon tandis que les dames en cuisine, jeunes et moins jeunes, font la vaisselle et se racontent leurs histoires de dames...
Pendant ce temps, moi, je commençais sérieusement à m’emmerder.
Les émissions télévisées dominicales libanaises étaient sans grand intérêt. La MTV retransmettait en direct quotidiennement à 14 heures le pseudo Journal Télévisé de Jean-Pierre Pernaut. La C33, chaîne soeur de la LBC totalement francophone n'existait déjà plus. Ayrton Senna triomphait encore sur les écrans de la LBC retransmettant le Grand Prix de Formule 1 du week-end. D'autres chaînes aujourd'hui disparues repassaient en boucle des émissions de télé-achat.
Je m’ennuyais. Dehors des sirènes de voitures perturbaient de temps à autre le calme beyrouthin.
Et puis soudain, un concert de klaxon se rapprocha. Un mariage me dis-je ; comme tous les dimanches.
J’accours néanmoins vers le balcon.
Le convoi se rapproche toujours aussi bruyant mais je ne le vois pas encore. Il doit être au niveau du mythique Hôtel Alexandre.
Les voisins des immeubles alentours sont également sur leur balcon et attendent également qu’apparaisse au tournant le convoi.
Ma grand-mère me rejoint sur le balcon lorsque apparaît enfin l’objet de notre curiosité. Un long cortège d’une trentaine de voitures roule doucement. De jeunes étudiants sont sur leurs capots et à leurs fenêtres brandissant notre drapeau. Ils sont jeunes et beaux. Celui en tête du cortège brandit le portrait d’un militaire en tenue de combat qui s’opposât à l’occupant.
Il me voit, me fixe et me fait signe. Je lui réponds en faisant un « V » distinctif avec un petit sourire de fierté et d’innocence.
Mon premier geste résistant. A ce moment précis, je sentis comme une montée d'adrénaline et une nervosité agréable s'emparant de tous mes membres. Sans le savoir, je vais épouser longtemps un courant et une cause, même si mon geste demeurre insignifiant face aux actions menées par ces résistants et ayant entraîné des répressions physiques et morales.
Ma grand-mère qui se trouva sur le balcon me prit dans ses bras comme pour me protéger ou empêcher que l’on ne voie mon geste.
« Attention ! Et si on te voyait ! C’est dangereux de faire ça »
Je ne voyais pas en quoi un geste de rien du tout fait par un petit feuss[1] comme moi puisse m’attirer des ennuis.
Lorsque le convoi finit de remonter la rue, il fut stoppé par une patrouille de l’armée. Il ne fallait plus trop rester sur le balcon à cet instant.
Peut-être ont-ils simplement été arrêtés puis relâchés. Ou non.
Ces jeunes militants défilaient pour protester contre la tenue d’élections alors que le pays était occupé. Le mot d’ordre dans le camp chrétien était le boycott de ces élections. Il était inconcevable de voter à l’ombre des baïonnettes pour des collabos.
La posture de ces militants était brave, courageuse, presque romantique. Leur slogan est devenu celui du Liban.
Ils n’avaient pas peur. Celui-ci reviendra. Celui-ci sortira. La victoire serait au bout du tunnel.
Je ne pense pas m'être trompé.
[1] Un petit pet, un petit gamin
mardi 28 avril 2009
Le Nouveau Monde
D’où certainement le silence de ce blog depuis quelques longues semaines.
Le Nouveau Monde ne crée rien. Il reprend et recrache.
Il vend du rêve de mauvais goût, des immeubles de mauvaise finition et des îles artificielles éphémères aux formes peu originales.
A l’aube, des bus blancs de marque Tata déposent les travailleurs Indiens et Pakistanais sur leur lieu de travail et oeuvrent pour la grandeur du dieu Emaar dont les drapeaux flottent sur toutes les artères de la ville.
Malgré l’existence de plus de 200 nationalités sur son sol, les étrangers ne se parlent pas, les cultures ne dialoguent pas et la société n’existe pas.
Aujourd’hui le Nouveau Monde a atteint son apogée. Ses détracteurs jadis envieux se frottent les mains et se réjouissent de sa chute brutale et inattendue.
« De toute façon, cette place et ce rayonnement ne lui revenait pas ; c’est nous qui devions être à sa place… »
C’est bon. La relève est assurée. Des idiots en dehors de ses frontières sont donc prêts à reprendre le flambeau.
Ouf. J’ai hâte de voir un cèdre au large de Damour.
lundi 9 mars 2009
Baabda
Ma dernière redécouverte fut une de ces vieilles cassettes "du siècle dernier". Une simple étiquette, portant l'écriture de ma Mère, mentionnait "Baabda".
J'en connaissais parfaitement le contenu pour l'avoir visionnée des dizaines de fois.
C'était une de ces cassettes que les Libanais se passaient "sous le manteau", d'une qualité médiocre car maintes fois enregistrées et réenregistrées.
Les clips musicaux et chansons patriotiques d'artistes libanais abusant du synthé en vogue dans les années 80 se suivent et se ressemblent. Ils sont à la gloire de l'Armée Libanaise et d'un seul homme.
On y trouve des reportages sur la jeunesse militante, pleine d'espoir et avide de paix; sur un rassemblement où les Libanais venus en famille camperont des semaines à portée de canons étrangers pointés sur la "colline de la liberté".
On y voit des parlementaires Français et Européens venus exprimer leur solidarité. Poètes, journalistes, avocats, médecins ou religieux se bousculent à la tribune pour haranguer la foule résistante.
La suite, nous la connaissons.
L'épilogue de cette aventure se joue peut-être aujourd'hui.
Mon Père observe mon manège en m'interpelle:
"Tu comptes descendre voter pour les législatives?"
A quoi bon me dis-je.
"Ce sont les élections de la dernière chance!"
Nous aimons beaucoup cet épithète au Liban. Dernière chance. Dernière guerre. Dernier rampart. Dernier homme. Dernier président. Dernières élections.
En 2005, je ne le savais pas encore, mais c'était la dernière fois que je visionnais "Baabda".
dimanche 15 février 2009
dimanche 25 janvier 2009
Achtung!
On n'a jamais parlé de politique au Liban.
On parle seulement de pouvoir.
samedi 24 janvier 2009
Le Beyrouth de Pap
mardi 20 janvier 2009
"Pourquoi n'avons nous pas eu une vie normale ?"
Je suis l'émigré qui repart, qui parle mal Libanais et qui vient de "dehors".
Je parle presque Libanais avec un accent de tapette mais finalement je m'en tape.
Mes phrases sont parfois toutes faites, elles sont un mauvais dosage de français, d'arabe et d'anglais, si bien qu'on me dit que je parle comme un Arménien.
La première fois qu'on m'a dit cela, c'était pour acheter deux bouteilles d'eau chez un épicier en bas du bloc A de Tababababarja Beach.
"Marhaba, bendé tneine anninét may..." ; il ne m'avait pas raté ce con.
Si le Liban avait eu un autre destin, nos vies auraient été sans doute différentes et je parlerais couramment arabe.
"Pourquoi n'avons nous pas eu une vie normale?" m'a dit un jour la mère de mon meilleur ami...
C'est vrai. Pourquoi ?
mercredi 14 janvier 2009
mardi 30 décembre 2008
Leçon de franbanais - ou choses et d'autres entendues ou dites
"Hi! Kifak? Ca va?"... ai-je le choix de la langue?
"Un pepsi s'il vous plait" - "Avec un chalumeau?"... mmm, non, simplement un verre.
"yiii, comme tu as grossi"... euh, merci.
"Tu te payes de ma tête?"
"On quitte dans cinq minutes."
"Je rentre sous la douche."
"Je vais au salon de coiffure pour un coup de peigne."
"Joyeux Noël!"- "Pareillement"
"L'été, je monte estiver à Baabdate"... je veux juste signaler que le terme "estiver" signifie mettre les bêtes pendant l'été dans un pâturage... si, si...
"Tu conduis vitesse ou automatique?"
"Bienvenue à Beyrouth, la température extérieure est 28 centigrades"... et en Celsius?
lundi 29 décembre 2008
Il est cinq heures
Last Day
samedi 27 décembre 2008
Just Walk
Les trottoirs de Beyrouth sont certes assez étroits ou parfois inexistants et, bien entendu, les larges trottoirs sont réservés aux 4x4.
Mais rien de mieux qu'un petit "mouchoir" (promenade) dans les rues de Beyrouth pour s'apercevoir de la menace qui pèse sur cette ville. On en ressort parfois plus énervé qu'oxygéné par ce que l'on voit.
Le Beyrouthin "homo automobilis" semble s'en taper, il ne regarde plus tellement sa ville. Il ne prend plus la peine de marcher pour la (re)découvrir. Les belles vieilles demeures disparaissent une à une sans qu'il ne s'en émeuve puisqu'elles ne sont sans doute pas sur son trajet.
La protection du patrimoine ou de l'environnement n'est pas une priorité. En ce moment, c'est plutôt les cadeaux de Noël ou les discussions politiques futiles... et puis après on verra ce qu'il en reste pour commencer à s'alarmer.
mercredi 24 décembre 2008
Joyeux Pareillement!
- Pareillement!
Drôle d'expression. Il parait que cela se dit également en Belgique entre deux Duvels.
D'autres leçons de franbanais du moment suivront...
mardi 23 décembre 2008
Prison Break
Une heure après le départ - donc aux alentours du Forum de Beyrouth, environ 1 km à vol d'oiseau de chez moi - nous réalisions notre erreur.
L'excursion est vite devenue une expédition: embouteillage, pollution, camions sauvages, embouteillages, travaux, pluie, EMBOUTEILLAGES...
A l'arrivée, les éléments se sont déchainés sur nos gueules.
Beyrouth n'allait pas nous laisser fuir comme ça... la salope!
lundi 22 décembre 2008
vroum vroum
Christmas Hits 1985 Compilation
dimanche 21 décembre 2008
On the other side
On dirait que deux ou trois peuples différents se croisent, se jaugent et s'observent. On entend parler Arabe, Anglais et Français dans le terminal d'arrivée. Des familles entières viennent accueillir leurs proches de retour au pays.
samedi 20 décembre 2008
Observation n°1
Boieng 777-340 archi plein et légèrement botoxé.
Aux douanes, je trouve toujours le moyen de choisir la file d'attente la plus lente.
J'observe la ligne jaune et ceux qui ne la respectent pas. Je suis dans la file des "étrangers". A la voir, on croirait que le Liban est devenue la destination à la mode des vacances de fin d'année, au même titre que des destinations paradisiaques de l'hémisphère sud.
Pourtant, les touristes sont Libanais.
Je sors et sens une cinquantaine de paire d'yeux me scruter de la tête au pied. Etrange sensation.
Malgré la marée humaine, je distingue rapidement mes parents venus me chercher.
Un bordel agréable en guise de bienvenue et sur le trottoir les premières odeurs.
Live from Beyrouth
Aussi bizarre que cela puisse paraitre, je ne suis pas dans le souvenir mais dans le présent. Et j'observe; ce qui a changé, ce qui ne changera jamais.
Un des meilleurs endroits pour observer: mon balcon; je peux y passer des heures. Il y a près de vingt degrés de différence avec Paris et il n'est pas nécessaire de "couvrir sur sa poitrine..."
Dans les prochains jours, je posterai des impressions plus ou moins courtes plutôt que de longs récits. En effet, je suis tellement au coeur d'un certain chaos que je ne puis prendre suffisamment de recul.
Cela fait du bien, un peu d'air frais et une manouché le matin...
dimanche 9 novembre 2008
L'épée de Farraj
Ces obligations duraient le temps d'une matinée, d'une après-midi ou d'une journée entière. Nous allions visiter des cousins de degrés lointains dont on se souvenait vaguement du nom ou des arrière-grands-oncles dans un village reculé de la Montagne.
Certaines de ces journées étaient ennuyeuses pour l'enfant que j'étais, voire même pour les adultes quelquefois. D'autres journées néanmoins m'ont profondément marquées.
"Si tu es sage, me disais ma mère, il te montrera son épée." Je n’étais pas un enfant particulièrement dissipé, ni même franchement turbulent. Disons que ma mère avait trouvé une motivation à l’une de ces visites familiales.
Il s'agissait de Jeddo Farraj, mon arrière-grand-père maternel.
Avant ce fameux jour, je ne le connaissais qu'au travers de photographies en noir et blanc chez mes grands-parents. Il y est en costume d'apparat, portant un uniforme et une épée.
Farraj n'était pas un militaire mais un proche du Cardinal Gabriel Tappouni, archevêque d'Alep devenu plus tard patriarche de l'Eglise catholique syriaque. Il était en quelque sorte le bras droit de ce dernier et son homme de confiance ainsi que Chevalier de l'Ordre de Malte.
Ma mère m'expliquait donc que j'allais rencontrer un chevalier!
Farraj habitait dans le secteur du Musée de Beyrouth. Malgré la guerre et la proximité de la "Ligne Verte", jamais il n'accepta de partir. Sans doute en avait-il vu d'autres.
"C'est mon petit dernier, Jeddo" dit ma mère à son grand-père quand vint le tour de me présenter après mon frère et mes soeurs.
La famille maternelle était présente ce jour-là. Les meubles du salon étaient beaux et anciens. Quelques décorations de Farraj ornaient les murs de l'appartement, ainsi que des portraits.
Nous buvions de rafraîchissants Jellab et je dégustais pour la première fois des marzipans.
Il était assis dans un fauteuil et un sourire illuminait son beau visage; celui des personnes âgées ravies d'être entourées par les siens et sa descendance.
Il était néanmoins bien fatigué.
"Habibi, il te montrera son épée une prochaine fois" me dit ma mère. J'avais été pourtant bien sage...
Mon arrière-grand-père avait fui les massacres des chrétiens de Mardin, dans le Sud-est de l'Anatolie. En 1915, l'Empire Ottoman décida de déporter et massacrer les Arméniens et les hommes d'autres minorités chrétiennes de rite chaldéen, syriaque ou protestant. Les hommes étant principalement menacés, il réussit à s'enfuir à dos de chameau déguisé en femme jusqu'en Syrie et s'établit plus tard au Liban.
Au cours de cette après-midi, Jeddo Farraj s'éclipsa un court instant. Puis il revint, se plaça au centre de la pièce pour être entouré de tous les convives et brandit enfin son épée sous les applaudissements.
Il y avait dans son regard une intensité et du courage. Il puisa dans ses forces pour lever le lourd sabre au dessus de sa tête.
Je me souviendrai toujours de son regard. Certes, j’étais beaucoup trop petit pour lui parler ou comprendre certaines choses. Je souhaitais simplement qu’il me raconte des histoires de chevalier ou qu’il me laisse jouer avec son épée. Je revois toutefois encore son regard et cette intensité que je ne pouvais expliquer du haut de mes cinq ans.
Les mois passèrent, quelques années peut-être. Je demandais innocemment à ma mère qu'était devenu Jeddo Farraj et s’il se portait bien. Elle m'annonça très surprise qu'il nous avait quitté et qu'il reposait désormais en paix.
La nouvelle me secoua et j'en voulus à mes parents de me l'avoir caché. Sans doute avaient-ils pensé que je ne me souviendrais plus de lui, vu mon très jeune âge et le sien très avancé.
Il me laissa très vite un souvenir indélébile, même si je n’étais pas encore en âge de comprendre l’héritage de cet homme.
Celui d’un véritable Levantin au destin formidable, témoin de l’histoire tourmentée de cette partie du monde au début du siècle dernier ; témoin de la folie des hommes à la fin de celui-ci.
Celui d’un Levantin à un autre.
dimanche 26 octobre 2008
Salle Obscure
Il y a quelques semaines, face au tapage médiatique et aux "Quoi? T'as pas vu Valse avec Béchir" je me suis décidé à aller voir au cinéma le film en question, non sans avoir, il est vrai, un certain a priori totalement subjectif à juste titre. mercredi 8 octobre 2008
Les Grandes Vacances
dimanche 14 septembre 2008
Parfois, j'en souris; parfois ça m'énerve...
Le Liban vaut largement l'Europe et la France"
"Yaaay, tu as vu? ils vont construire un nouvel immeuble de 30 étages avec un appartement de luxe par étage. C'est bien non?"
"Te promener? Tu veux dire à pieds? Tayyeb pourquoi?"
"Enta, tu ne peux pas comprendre, tu n'as pas vécu la guerre."
"Enta, tu ne peux pas parler, tu ne vis plus ici."
"Carlos Ghosn, Mika, Nicolas Hayek sont Libanais! J'en suis tellement fier..."
"Non je ne suis jamais allé au Musée de Beyrouth."
"Tu sais au Liban, tu peux skier le matin et te baigner dans l'après-midi."
"Fi hajez (vous avez réservé)."
"Ah bon? Ton coiffeur est à Hamra?"
"Jounieh est la plus belle baie du monde."
"La qualité de vie au Liban est inégalable. Tu peux appeler le dekkène à 3 heures du mat pour qu'il te monte un pepsi."
"Viens, on va voir Batman 26 au ciné."
"Ce sont tous des salauds... bass franchement, tu ne le trouves pas drôle Wihab Diab?"
"C'est quoi un platane?"
"D'accord ce sont des salauds, mais qui a été salaud en premier?"
"Pourquoi tu mets ta ceinture de sécurité?"
"J'espère qu'il n'y aura pas de guerre pour que je puisse passer mes vacances à la plage cet été."
"J'ai filé 100 dollars au mec de l'auto-école pour être sûr d'avoir mon permis de conduire."
"Il n'y a pas assez de boîtes de nuit à Beyrouth."
"Il y a une pénurie de logement à Beyrouth et pas assez d'immeubles."
"Grâce à Solémar, Samaya, Portemilio et le Holiday Beach Club, nos plages sont plus belles et plus propres."
"Tu ne peux plus marcher à Beyrouth, c'est pour ça que je préfère prendre la voiture."
"On s'est promené à Solidere; il y a vraiment trop d'Arabes."
"C'est injuste, regarde où sont rendus ces bédouins du Golfe et où nous en sommes! C'est nous qui devrions être à la place de Dubai!"
"Nous aussi nous avons la Nouvelle Star, la StarAc et KohLanta."
"NOUVEAU!!! BETON-SUR-MER!!! UN COMPLEXE ULTRA MODERNE ET LUXUEUX AU MILIEU DES RESTES D'UNE FORET DE PINS APPAISANTE ET VERDOYANTE! APPELEZ LE 03-£$€ £$€
"Ah bon? tu as déjà pris le bus? Mais ils sont faits pour les ouvriers syriens et les indiens."
"Geryos Taxi, c'est plus claaaasse."
"Le Liban est le plus beau pays du monde."
jeudi 11 septembre 2008
The New Government


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